Bienvenue dans La Tradition Primordiale. Je m'appelle Jack Logan. Ravi de vous avoir avec nous pour cette leçon d'aujourd'hui. Aujourd'hui, on continue notre discussion sur le quatrième pilier de la création : le conseil des dieux. Dans la leçon précédente, nous avons établi que les conseils divins étaient une caractéristique commune à toutes les grandes cultures anciennes. On les trouve partout dans le monde antique.
Les anciens enseignaient qu'un gouvernement civil existait dans les cieux, un gouvernement dirigé par un monarque divin. Ils enseignaient que ce monarque, le dieu suprême, régnait comme un roi céleste depuis le sommet de sa demeure montagneuse, sur un trône élevé. Mais il n'agissait pas seul. Les anciens enseignaient que le dieu suprême présidait avec une autorité suprême un conseil, un conseil de dieux. Un conseil qui faisait des propositions, attribuait des responsabilités, délibérait sur les décisions importantes, votait, et puis s'engageait par serment aux décisions prises dans cette assemblée.
Si vous n'avez pas encore étudié la leçon précédente, leçon 16, je vous recommande vivement de le faire. Ça vous donnera une fondatoin très importante.
Contrairement à beaucoup d'autres projets, surtout ceux qui produisent des leçons indépendantes, ce projet est progressif : chaque leçon s'appuie sur la précédente. Alors, quand vous aurez le temps, rattrapez les leçons que vous avez manquées pour être à jour avant de plonger dans celle-ci.
Dans la leçon précédente, j'avais mentionné que cette leçon porterait sur le conseil des dieux dans le canon biblique. Et ce sera le cas, mais avant d'y arriver, je voulais partager quelques exemples supplémentaires du conseil des dieux dans les textes du monde ancien, en dehors du canon biblique. Dans la leçon précédente, on a lu quelques textes babyloniens, mais j'ai senti que ce n'était pas assez pour vous donner une bonne idée de à quel point ce motif est répandu dans la littérature ancienne. Avant de passer au canon biblique, jetons un œil au conseil divin dans la littérature égyptienne ancienne et ougaritique, c'est-à-dire cananéenne.
Commençons par l'Égypte. Dans les textes des pyramides égyptiens anciens – que j'ai mentionnés plusieurs fois dans le projet –, la plus ancienne collection d'écrits religieux au monde, la plus ancienne qu'on ait en si grande quantité, datée d'environ 2400 av. J.-C., on trouve des mentions d'un conseil divin. Ça apparaît chez le roi Pépi, troisième roi de la VIe dynastie, donc très tôt. Dans ces textes des pyramides trouvés dans sa tombe le roi Pépi est mort, il est monté aux cieux et est devenu divin. Le texte des pyramides 423, dans la traduction de James P. Allen, dit :
« Ô Osiris Pépi, accepte ces eaux fraîches à toi. Ta mère Nout t'a fait devenir un dieu pour ton adversaire dans ton identité de Dieu. Accepte l'effusion qui sort de toi. Horus a fait que les dieux s'assemblent pour toi dans chaque endroit où tu es allé. »
Vous voyez, Pépi monte aux cieux et il rencontre cette assemblée de dieux. Dans le texte 422, on dit au roi Pépi qu'il doit prendre sa place aux cieux sur un trône :
« Tu prends ta position, Pépi, sur le trône aux cuisses avancées, sauvé, pourvu comme un dieu, et équipé de la forme d'Osiris sur le trône des premiers des Occidentaux. »
Comme je viens de le dire, Pépi rejoint les dieux qui se sont assemblés pour lui, et il prend un trône parmi eux. C'est assez fascinant.
Dans le texte 432, on dit à Pépi qu'il est maintenant une étoile impérissable parmi les étoiles impérissables – au pluriel – aux cieux. J'ai déjà mentionné ça, mais en Égypte ancienne, les étoiles impérissables étaient les étoiles circumpolaires du ciel nord. Si vous viviez dans l'hémisphère nord et regardiez le ciel, ce sont celles qui ne descendent jamais sous l'horizon. Les Égyptiens utilisaient ces étoiles éternellement brillantes comme symbole des morts déifiés, ceux qui régnaient maintenant aux cieux comme des dieux. Devenir une des étoiles impérissables, c'était une autre façon de dire que vous étiez devenu un dieu. Et les cieux en sont pleins. Ça suggère qu'il y a plusieurs dieux aux cieux.
Les anciens Égyptiens peignaient ces étoiles impérissables au plafond de la tombe du roi. Si vous allez sur internet et regardez la tombe de Pépi, le plafond est couvert de centaines et centaines d'étoiles à cinq branches, en forme de bonshommes bâtons. Ça représentait le roi montant vers les étoiles impérissables. Le texte 432 dit :
« Tu t'es placé toi-même, ce Pépi, comme une étoile impérissable qui est en toi. »
Dans le texte 441 :
« Que tu ailles vers les étoiles impérissables du nord. »
On voit que les Égyptiens echangeaient les mots dieux et étoiles impérissables.
Dans le texte 437, Pépi semble devenir un membre de l'assemblée divine. Ça commence par cette déclaration faite par l'assemblée divine :
« Écoute ceci que les dieux ont dit... le fils dit qu'il occupera son siège, Pépi, pour qu'il reçoive son statut d'akh chez les dieux... en le privilégiant comme un dieu comme un des veilleurs de Pé et un des veilleurs de Nekhen. »
Quelques clarifications : devenir akh ou akhifié signifiait devenir un « être efficace », un aspect de l'âme égyptienne transfiguré en être de lumière. C'était un processus nécessaire pour que le roi devienne un dieu immortel aux cieux. Il devient comme de la lumière, associée aux étoiles impérissables. Et ensuite, il devient un des veilleurs de Pé ou de Nekhen, parfois appelés les âmes de Pé ou les dieux de Pé et Nekhen. Ce sont les ancêtres royaux du roi, la lignée des rois qui l'ont précédé, dès la première dynastie. Il rejoint ses ancêtres déifiés.
Les Égyptiens fabriquaient des statues de ces rois-dieux morts, la statuaire royale, et les plaçaient dans le temple, dans la cour avant. Vous entrez et il y a des centaines de statues de la lignée des rois morts, appelées les âmes de Pé et Nekhen.
C'est intéressant parce que, comme on l'a vu dans la leçon précédente, c'est exactement là que se réunissait le conseil des dieux en Mésopotamie : dans la cour avant du temple. Thorkild Jacobsen, l'expert danois en littérature sumérienne et assyrienne qu'on a cité avant, a dit :
« L'autorité la plus haute dans l'univers mésopotamien était l'assemblée des dieux. Elle se réunissait quand l'occasion l'exigeait à Nippour, dans le coin de la cour avant d'Ékur, le temple d'Enlil, appelé Upshu-Ukina. »
Je pense que cette statuaire royale, ces statues des dieux de Pé et Nekhen, les ancêtres royaux, représentait l'assemblée des dieux en Égypte, celle que le roi mort rejoindrait maintenant.
En Égypte ancienne, ces dieux étaient parfois appelés les dieux qui suivent Horus. Un égyptologue note qu'ils étaient considéré comme un collectif : les âmes, les dieux, le collectif. Dans les autres littératures anciennes, c'est l'assemblée, le conseil.
Petite note sympa : en 1903, l'égyptologue français Georges Legrain, en fouillant la cour nord, a trouvé une cache massive de ces statues royales, reléguées dans de grandes fosses pour faire de la place au fil des siècles. En trois ans, il en a trouvé plus de 900 – ça fait une belle assemblée ! Et en 1989, une autre cache a été découverte dans la cour solaire ouest du temple de Louxor, avec aussi un stock énorme de statues.
Si ma théorie est juste, ces statues étaient une représentation en pierre du conseil des dieux dans les temples égyptiens.
Passons à la littérature ougaritique : environ 1500 tablettes cunéiformes en argile trouvées à Ougarit, une ancienne cité portuaire dans ce qui est aujourd'hui le nord de la Syrie, appelée à l'époque la terre de Canaan. Ces tablettes ont été découvertes par hasard en 1928 par un fermier qui labourait son champ, a heurté une pierre, l'a retiré, et a ouvert une voûte souterraine – comme dans un film d'aventure ! Pleine de bijoux, d'artefacts et de tablettes. C'était l'ancienne cité phénicienne d'Ougarit, aujourd'hui Ras Shamra. Les spécialistes datent ces tablettes d'environ 1300 à 1200 av. J.-C.
Ces tablettes sont super importantes parce qu'elles contiennent de nombreuses références au conseil des dieux. Il y en a tellement que E. Theodore Mullen, pendant son doctorat à Harvard, a écrit un livre entier à ce sujet : L'Assemblée des dieux, basé surtout sur la littérature cananéenne.
Dans ces textes, le conseil divin s'appelle puḫru moʿidi, ce qui signifie l'assemblée réunie des saints, l'assemblée des dieux ou l'assemblée des fils de El. À Canaan, El était le dieu suprême, le roi, le père, le progéniteur des dieux. Il était à la tête du panthéon cananéen. Mullen a noté :
« El doit être imaginé comme le juge âgé qui siégeait à la tête de l'assemblée, entouré des autres dieux. Le conseil servait parfois de cour de jugement. »
Gardez ça en tête, parce que je partagerai des trucs sympas là-dessus dans la prochaine leçon.
Je vais lire un extrait de la tablette cunéiforme KTU 2.1, connue sous le nom Le Cycle de Baal. Je ne vais pas m'attarder sur les détails du mythe – c'est très similaire à l'Enuma Elish. Ici, Yam est la personnification de la mer, l'ennemi de Baal, donc Yam est l'équivalent de Tiamat ou Lucifer, tandis que Baal est l'équivalent de Marduk ou le Christ. Je me concentre sur ce qu'on apprend du conseil. Des messagers de Yam sont envoyés s'adresser au conseil des dieux, les fils du dieu suprême El.
« Levez-vous, jeunes, ne tardez pas. Dirigez vos pas vers l'assemblée réunie, au milieu du mont Luli. »
On voit tout de suite que l'assemblée se réunit sur une montagne, aussi appelée temple – le mont Luli, la montagne de El, le temple où réside le grand dieu cananéen, El.
« Aux pieds de El ne tombez pas, ne vous prosternez pas devant l'assemblée réunie. Levez-vous, parlez constamment. »
Les messagers de Yam, l'ennemi, se disent : quand vous irez au conseil, ne vous prosternez pas, regardez-les dans les yeux.
« Répétez votre message et dites au Taureau, son père El, répétez à l'assemblée réunie... Les jeunes se lèvent, ne tardent pas. Ils dirigent leurs pas vers le milieu du mont Luli, vers l'assemblée réunie. Or les dieux étaient assis à manger. Les fils de la Sainte dînaient. Baal se tenait auprès de El. »
Point important : On voit Baal debout juste à côté du dieu suprême El, comme une figure du Christ ou de Marduk. Ils sont deux êtres séparés, deux dieux distincts.
« Quand les dieux les virent, aperçurent les messagers de Yam, les envoyés du Juge Fleuve, les dieux baissèrent la tête sur le haut de leurs genoux, sur leurs trônes princiers. Dans ce conseil, certains sont sur des trônes princiers. Confrontés aux messagers de Yam, ils baissent les yeux. »
Cela suffit pour montrer l'importance du conseil divin dans la littérature ougaritique. Mullen a noté que :
« Ce texte fournit une description de la réunion du conseil, le lieu de la réunion, la réception des messagers avec leur requête au conseil, et la réponse du conseil. Cette description place clairement El, tête du panthéon, comme dirigeant et juge dans le conseil. »
Comme en Égypte ancienne et à Babylone, le conseil des dieux est étroitement lié à la royauté et à l'investiture d'un nouveau roi.
Maintenant qu'on a vu les preuves du conseil divin dans la littérature mésopotamienne, égyptienne et ougaritique, regardons dans le canon biblique. Y a-t-il des preuves d'un conseil divin dans la Bible ? Dans le Nouveau Testament ? Des références directes ? Étonnamment – surtout pour beaucoup de judéo-chrétiens attachés à une tradition strictement monothéiste –, il y a plusieurs références et allusions à un conseil divin dans le canon biblique.
Paul Sumner, qu'on a mentionné dans la leçon précédente et qui a fait sa maîtrise sur le conseil divin, a dit :
« De nombreux textes bibliques attestent la croyance en un conseil céleste composé de Yahvé, le Roi, et de son état-major. Les références à la salle du trône royale de Dieu et à son entourage de serviteurs célestes apparaissent dans les trois parties des Écritures hébraïques : la Loi, les Prophètes et les Écrits. Dans tous les grands genres littéraires... et dans les matériaux les plus anciens comme les plus récents. »
C'est important de voir à quel point cette imagerie et ce concept sont profondément ancrés dans les différentes couches de la Bible hébraïque.
Un autre spécialiste, Patrick Miller, professeur de théologie de l'Ancien Testament à Princeton, va plus loin en disant que l'imagerie du conseil des dieux est
« l'un des symboles cosmologiques centraux de l'Ancien Testament ».
Ces deux experts disent que la présentation biblique du conseil divin reflète combien les anciens Hébreux comprenaient bien l'organisation des cieux. Paul Sumner a dit :
« L'imagerie du conseil divin exprime comment les auteurs bibliques comprenaient le fonctionnement et les systèmes de l'univers. »
Si c'est le cas, pourquoi si peu de judéo-chrétiens semblent le savoir ? D'abord, les recherches sur le conseil divin sont relativement récentes, elles ont vraiment décollées vers 2000. Sur academia.edu, entre 1938 et 2000, il y en a seulement 565 articles ; mais entre 2000 et 2023, plus de 8500.
Ensuite, évidemment, c'est problématique pour une tradition perçue comme strictement monothéiste. Mais malgré ça, les spécialistes qui ont creusé montrent que le conseil divin n'est pas seulement mentionné partout dans le canon biblique, mais qu'il est central à la cosmologie et à la théologie du judaïsme et du christianisme. Les Écritures hébraïques anciennes attestent qu'un conseil divin existe aux cieux et qu'il forme l'ordre réel, le corps gouvernant des cieux. Un concept que beaucoup de judéo-chrétiens commencent à prendre au sérieux que très récemment.
Regardons quelques passages. Parmi les plus notables, dans les Psaumes. On trouve une référence spécifique dans le Psaume 82. La version révisée dit au verset 1 :
« Dieu se tient dans l'assemblée divine ; au milieu des dieux, il juge. »
La version internationale dit :
« Dieu préside la grande assemblée ; il rend jugement parmi les dieux. »
Le conseil des dieux est aussi mentionné dans le Psaume 89, fascinant non seulement pour leurs mentions du conseil, mais pour d'autres aspects qui correspondent aux motifs de l'Enuma Elish. Dans Psaume 89:5 :
« Que les cieux louent tes merveilles, ô Seigneur, ta fidélité dans l'assemblée des saints. »
La mention de l'assemblée divine est significative parce que le Psaume 89 est un des onze Psaumes royaux, qui se concentrent sur la relation entre Dieu et son vice-régent terrestre, le roi. C'est là qu'on apprend une théologie profonde de la royauté, liée au conseil divin. Mais notons comment le contenu du Psaume 89 est profondément lié aux piliers de la création qu'on a vus partout. Au verset 7 :
« Dans le conseil des saints, Dieu est grandement craint ; il est plus redoutable que tous ceux qui l'entourent. »
Ça rappelle Marduk, le double des autres dieux, et l'on devait le craindre. Versets 8-10 :
« Seigneur Dieu des armées, qui est puissant comme toi, Seigneur ? Tu domines l'orgueil de la mer ; quand ses vagues s'élèvent, tu les apaises. Tu as écrasé Rahab comme un blessé à mort. » (J'aime aussi la traduction : « Tu as écrasé le grand monstre marin. »)
En quatre versets, on suit le même schéma que l'Enuma Elish : louange du dieu suprême, pouvoir sur les eaux primordiales, victoire sur le monstre marin. Ensuite, verset 11 :
« Les cieux sont à toi, la terre aussi est à toi ; le monde et sa plénitude, c'est toi qui les as fondés. »
Exactement comme dans l'Enuma Elish ! Après avoir vaincu Tiamat, Marduk crée le monde de son cadavre, ce qui symbolise imposer l'ordre au chaos. Et ensuite ? Dans l'Enuma Elish, le conseil couronne Marduk roi. Ici, verset 18 :
« Car l'Éternel est notre défense, et le Saint d'Israël est notre roi. »
Tout ça se passe dans le royaume primordial. Ces parallèles frappants entre l'Enuma Elish mésopotamienne et le Psaume 89 fournissent une preuve solide que les anciens Hébreux considéraient le conseil des dieux comme un conseil de dieux, au pluriel. Égyptiens, Sumériens, Babyloniens, Cananéens et Israélites décrivent tous le conseil comme composé de dieux, pluriel.
Mais beaucoup de spécialistes bibliques, surtout monothéistes dévots, s'efforcent de dire que ces « dieux » sont des messagers, des anges, des semi-divins, jamais vraiment divins. Pourtant, ce n'est pas ce que les anciens enseignaient. Dans le milieu culturel du Proche-Orient ancien, les dieux du conseil étaient des dieux au sens plein. Paul Sumner a dit :
« Ce qui est le plus frappant dans certains titres des membres du conseil, c'est leur affirmation sans détour de semi-divinité. »
Il hésite à dire pleinement divins, mais il continue :
« Ces êtres sont appelés elohim, dieux, êtres divins ; bené elohim, fils de Dieu ; bené élyon, fils du Très-Haut. »
Ce sont des termes presque dangereux parce qu'ils reflètent les panthéons du Proche-Orient ancien où le dieu père est entouré de ses enfants divins, les dieux mineurs. Mais les Israélites n'en avaient pas honte. Ils ont gardé cette imagerie tout au long de leur histoire. Ça ne menaçait pas la position de Yahvé, car il était Ha-Elohim, le Dieu, le vrai Dieu. Israël diffère en ce qu'un seul Dieu devait être adoré : Yahvé. Cette monolâtrie – l'adoration d'un seul Dieu tout en reconnaissant l'existence d'autres dieux – est une différence fondamentale au judéo-christianisme.
Regardons des preuves du conseil des dieux dans le Nouveau Testament. Pas de références directes comme dans l'Ancien, mais plusieurs passages qui y font allusion. Sumner a dit :
« Plusieurs passages du Nouveau Testament suggèrent une conscience profonde et répandue du conseil divin hébraïque. »
Commençons par l'Évangile de Jean, chapitre 8. Jésus témoigne de sa messianité devant des scribes et des pharisiens. Verset 12 :
« Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. »
Les pharisiens le défient :
« Tu rends témoignage de toi-même ; ton témoignage n'est pas vrai. »
Dans un tribunal juif, deux témoins étaient nécessaires pour établir la vérité. Les pharisiens demandent un autre témoin que Jésus lui-même. Sumner a dit :
« Les écrits johanniques montrent une intéraction entre deux tribunaux : le Sanhédrin terrestre et le conseil divin céleste. Les paroles et les œuvres de Jésus sont scrutées par les deux. »
Jésus répond au verset 14 :
« Même si je rends témoignage de moi-même, mon témoignage est vrai, car je sais d'où je suis venu et où je vais... Celui qui m'a envoyé témoigne en ma faveur. »
Ça n'a pas de sens si Jésus et le Père sont le même être. Jésus revendique un autre témoin, le Père. Verset 18 :
« Dans votre loi il est écrit que le témoignage de deux hommes est vrai. »
Jésus remplit le seuil de deux témoins seulement si lui et le Père sont des êtres séparés, Père et Fils. On voit Jésus faire cette distinction partout dans le Nouveau Testament : un en but et caractère, mais séparés en être. Deux dieux distincts. Dans Jean 17, la grande prière intercessoire il dit :
« Père, l'heure est venue ; glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie. »
Si Jésus et le Père sont un seul être, pourquoi Jésus prierait-il ? Pourquoi lèverait-il les yeux au ciel ? Tout indique deux êtres séparés, dans des endroits différents.
« Glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie »
Difficile à comprendre si c'est la même personne. Dans le milieu du Proche-Orient ancien, tout indique que Père et Fils sont des êtres littéralement séparés. Père et Fils : dieux. Dans Hébreux 1:1-3 : Père et Fils presque indistinguables en ressemblance et gloire, mais le Fils s'assoit à la droite du Père. Pas besoin de trône séparé s'ils sont un seul être.
Ça correspond à Égypte, Sumer, Babylone et Canaan. Dieu père engendre un fils séparé, prince couronné, qui devient roi divin à côté de son père. Trônes séparés. Le Nouveau Testament est rempli d'imagerie de deux dieux. Comprendre ça est crucial pour la théologie de la royauté biblique et l'ordre cosmologique des cieux. Beaucoup de richesses théologiques chrétiennes sont perdues quand on supprime la pluralité du Père et du Fils.
Les premiers disciples juifs de Jésus enseignaient une théologie binitarienne (deux dieux). Cette image est devenue problématique pour l'orthodoxie rabbinique et les théologiens du IVe siècle qui ont rédigé les credos de Nicée, Chalcédoine et Athanase. Ils n'ont pas donné de place aux passages attestant plus d'un Dieu. Certains scribes chrétiens ont même modifié des manuscrits pour transformer l'imagerie du conseil en patterns trinitaires plus orthodoxes. (Voir Two Powers in Heaven par Alan F. Segal)
Tout ça nous ramène à la raison pourquoi on parle du conseil des dieux. C'est la création.
Les anciens attestent qu'un vrai gouvernement divin existe aux cieux, gouverné par un dieu suprême qui règne comme roi céleste et préside un conseil de dieux. Dans l'Enuma Elish, c'est dans ce conseil, avant la création, qu'un dieu spécial – Marduk, ou dans le Psaume 89, Yahvé – est choisi pour combattre le serpent marin Tiamat et son consort Kingu, représentant le chaos pré-créatif et la force du chaos (Lucifer). Après la victoire, il crée la terre.
On trouve des preuves du conseil divin dans le récit de la création en Genèse. Richard J. Clifford a dit :
« Une des caractéristiques les plus remarquables de Genèse 1-11 est la présence persistante d'êtres célestes dans la création... Ça apparaît comme une pluralité de dieux discutant et planifiant la création. »
Par exemple, regardons Genèse 1:26 :
« Dieu dit : Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance. »
À qui Dieu s'adresse-t-il avec ce « faisons » ? Le commentaire de la Revised English Bible dit :
« Ce 'faisons' est Dieu parlant à son conseil divin, son conseil d'êtres spirituels. »
Notez comme ils hésitent à dire « dieux » ici. Que Dieu travaille avec eux pour régner et gérer sa création. Le conseil divin de Dieu est une partie importante mais peu comprise des Écritures.
N'oublions pas que ce conseil existait avant la création de la terre. Les êtres qui le composent avaient été créés avant la terre, dans une pré-existence. Ce qui montre que tout n'a pas commencé avec la création. Certaines choses existaient avant.
On peut aussi avoir un lien entre le conseil divin et la création dans le Nouveau Testament, Jean 1:1-3. Ce passage célèbre dit :
« Au commencement (ce qui veut dire le temps avant la création) était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. »
Le Nouveau Testament a été écrit en grec à l'origine. En grec, la première mention de « Dieu » est theon, une forme qui peut être plurielle selon la forme du verbe. La seconde est theos, au singulier. Ici, la Parole désigne le Christ. Le passage pourrait donc se lire :
« Avant la création était le Christ, et le Christ était avec les dieux, et le Christ était un dieu. Il était au commencement avec Dieu. »
Traduit comme ça, on voit facilement les liens entre la création, Jéhovah et le conseil divin. Ça lie tout magnifiquement. Mais les spécialistes du grec ne traduisent généralement pas comme ça à cause de la forme singulière du verbe. Même en gardant la traduction classique du Roi Jaques, ça laisse quand même entrevoir un conseil divin, puisque ça parle explicitement de Christ étant avec Dieu. Donc deux dieux ici, au commencement, avant la création.
Il est intéressant aussi que dans ce verset, Jéhovah est appelé la Parole, logos en grec. Logos a un double sens : pensée et parole. Au verset 3, Jean dit :
« Toutes choses ont été faites par elle. »
Tout a été fait par le logos, la Parole qui est Christ. Où a-t-on entendu parler d'une création d'abord par la pensée, puis par la parole, dans le monde ancien ? Si vous avez pensé à la pierre de Shabaka, vous avez raison. C'est dans ce texte qu'on a appris comment les anciens Égyptiens concevaient la création du monde. La pierre de Shabaka dit :
« Car le très grand, Ptah, qui a donné vie à tous les dieux et à leurs ka par son cœur... »
Rappelez-vous, les Égyptiens pensaient que le cœur était la source de la pensée. Donc « cœur » désigne ici la pensée, « et par sa langue ». Les parallèles entre Ptah créant par la pensée et la parole, et la description du Christ en Jean 1 comme le logos créant le monde, sont assez frappants.
De ce passage en Jean, on apprend des choses vraiment importantes sur Christ :
Numéro un : Le Christ existait avant que la terre soit créée, dans un royaume primordial. C'est clair avec la référence deux fois à « au commencement », qui désigne le temps avant la création du monde.
Numéro deux : Le Christ existait dans ce royaume primordial avec au moins un autre dieu, ou peut-être plusieurs, selon la traduction du grec. C'est clair quand ça dit : « la Parole était avec Dieu » ou « les dieux » – rappelez-vous, ce mot peut être au pluriel en grec.
Numéro trois : Le Christ, dans le royaume primordial, était un dieu. Il était un des dieux qui existaient là. C'est clair quand ça dit : « Il était au commencement avec Dieu et était un dieu. » D'après tout ce qu'on a étudié sur le Proche-Orient ancien jusqu'ici, le Christ semble avoir été un membre extrêmement important du conseil des dieux.
Numéro quatre : Le Christ semble, d'après ce passage, être celui qui avait été désigné dans le royaume primordial pour créer la terre. Dans le Proche-Orient ancien, c'est ce que faisaient ces conseils : ils définissaient les destins, faisaient des affectations, donnaient des responsabilités. C'est clair ici : « Toutes choses ont été faites par lui ; et sans lui rien de ce qui a été fait n'a été fait. »
Ca colle parfaitement, parce que Jean appelle le Christ la Parole, le logos – qu'on a vu dans la leçon numéro 12, La Parole qui a Changé l'Univers, la façon dont les anciens disaient que la terre était créée par une énoncé divine, la parole.
Et n'oubliez pas, dans l'Enuma Elish – comme je l'ai souligné dans la leçon précédente –, quand Marduk est choisi par le conseil des dieux pour affronter Tiamat, les dieux lui demandent de démontrer son pouvoir de parole divine, son pouvoir de créer. Il le fait par sa parole : il fait apparaître une constellation. Et ensuite, dans l'épopée, Marduk crée ou façonne le monde à partir des éléments primordiaux, ou du cadavre de Tiamat.
C'est du joli boulot.
Avec toutes les preuves qu'on a examinées jusqu'ici dans le projet, j'espère que vous commencez à voir les correspondances incroyables dans les archives anciennes. Des correspondances qui parlent d'une tradition religieuse originale dans la profonde antiquité, qu'on appelle la tradition primordiale.
Et ce n'est qu'une goutte dans l'océan. On ne fait que commencer. Il y a beaucoup plus à venir.
Ceci conclut cette édition de La Tradition Primordiale. Je vous laisse avec les mots de William Shakespeare :
« La connaissance est l'aile avec laquelle nous volons au ciel. »
Je suis Jack Logan. À la prochaine leçon de La Tradition Primordiale.